Ile Maurice.Vendredi 27 septembre 2002 - No. 14463
Page préparée à 12h00 (heure de Maurice)

 

JOURNÉE INTERNATIONALE DU TOURISME

Krish et Patrick : faire de l'aventure un métier

Concept très en vogue, puisque l'Organisation mondiale du Tourisme y a dédié l'année, c'est sur l'écotourisme que portera, aujourd'hui, la réflexion à l'occasion de la Journée du tourisme. Plus qu'une considération purement écologique, l'écotourisme est une option de survie pour le tourisme.

 

Escalade ou déscente en rappel: Vertical World fait voir le monde de haut et d'en bas.

Sun, sand and sea... le rêve pour le touriste. Mais ne rêvera-t-il jamais d'autre chose ? Les décideurs de l'industrie le pensent. Il faut songer à développer l'intérieur du pays, suggèrent-ils. Et le terme est lâché : il faut penser "écotourisme". Seulement voilà : cela fait des années qu'on évoque la question sans trop y donner suite. A ce jour, le pays n'a aucune stratégie. A priori, le concept semble simple : il ne s'agit que de développer un tourisme proche de la nature, des plans-randonnées ici et là et du sport en plein air. En fait, il est bien plus compliqué que ça...

Faire de l'écotourisme, c'est voyager au sein de régions naturelles relativement vierges à des fins d'appréciation, de découverte mais également de préservation. L'environnement, en effet, est considéré, en matière d'écotourisme, autant sous l'aspect écologie que sous celui de l'élément humain et culturel. L'écotourisme est "le tourisme durable", mot devenu plus familier depuis le Sommet de la terre.

Ecotourisme n'est pas tourisme d'aventure

Cette dimension de préservation consiste à minimiser l'impact négatif de l'activité touristique sur l'environnement culturel. L'opérateur assure un support adéquat permettant au touriste de comprendre et de s'informer. Il prévoit le financement nécessaire pour conserver, protéger et améliorer cet environnement.

L'écotourisme présuppose une clientèle avisée. En général, c'est une activité menée à petite échelle. Le Programme des Nations unies pour l'Environnement préconise des groupes de 25 personnes au maximum pour les sorties, et des hôtels de 100 lits au plus.

 

Le Yemaya propose de visiter les îlots du Nord à bord de Kayak. Le visiteur peut aussi faire des combinés avec le vélo tout-terrain

L'écotourisme s'adresse à un marché de niche. Encore restreint, ce marché grandit rapidement, surtout parmi les Européens, clientèle principale du tourisme mauricien.

Les opérateurs n'ont pas une idée précise sur la vraie nature de l'écotourisme. La raison en est que, souvent, c'est du tourisme d'aventure qui est vendu en guise d'écotourisme. Or, à la différence de l'écotourisme qui privilégie l'observation et la protection, le tourisme d'aventure mise sur l'activité physique dans un cadre naturel.

A l'heure actuelle, seule la Mauritius Wildlife Foundation offre un produit écotouristique à proprement parler. Mautourco et Mauritours, deux des plus grosses agences de réceptifs du pays, s'y lancent, mais leur offre se rapproche davantage du tourisme d'aventure.

Mautourco opère deux programmes dont un exclusivement réservé aux clients du groupe hôtelier Beachcomber. L'agence offre des sorties en véhicules tout-terrain ainsi que des balades assorties de repas chez l'habitant à un maximum de six personnes à la fois. Pour le compte de Beachcomber exclusivement, l'offre est rehaussée de descente en rappel et de kayak, entre autres. Les sorties comptent un maximum de 16 personnes à la fois. "Nous avons commencé il y a deux ans. La demande grossit progressivement. Durant les douze derniers mois, nous avons touché 2 500 clients, dont environ 10 % sont des Mauriciens. Il n'y a pas de doute, ce marché est en voie de développement", observe François Rogers, directeur.
Mauritours se prépare à rejoindre le marché. Elle négocie un contrat d'exclusivité avec Vertical World (voir hors-texte). "C'est surtout le marché germanique et anglo-saxon qui est demandeur. Les Italiens en sont aussi friands. Certains tour-opérateurs nous envoient des groupes qui font le déplacement uniquement pour la nature," explique Edwize Renel, responsable des tours.

L'Association des hôteliers et restaurateurs de l'île Maurice (AHRIM) veut dévelpper un produit purement écotouristique à partir de deux îlots, l'île Plate et l'îlot Gabriel. L'entreprise est de taille et implique la participation de l'industrie dans son ensemble. Le gouvernement y a donné son feu vert, mais on en est toujours à la définition du protocole de concession.

Alors que les opérateurs bougent, que font les autorités ? L'écotourisme reste un vague projet. Le ministère du Tourisme réfléchit à un développement de taille qui consisterait à organiser toute la zone du Centre- Sud-Ouest en parcours écotouristique. Le projet est encore au stade embryonnaire. Il comprendrait des sentiers pédestres, des circuits motorisés, des points de repos, des view points... Le but est de permettre au visiteur de visiter toute la région allant d'Henrietta jusqu'au Morne en empruntant un circuit interne.

Un label à mériter

Le ministère compte solliciter l'expertise sud-africaine pour réaliser ce projet. S'il se matérialise, ce projet répondra à une demande de l'industrie. "La priorité devrait être d'identifier les sites, de les aménager et d'éduquer le randonneur sur les règles à observer", estime François Rogers. Même observation du côté de Mauritours qui souhaiterait un meilleur accès aux sites. "Il y va de la sécurité du touriste, en termes d'accidents mais aussi en termes de protection contre les vandales", fait remarquer la responsable, Edwige Renel.

Mais alors, l'écotourisme se résumerait au développement d'un circuit ? Pierre Baissac, directeur de la Mauritius Wildlife Foundation, estime que ce projet a beaucoup de mérite, mais qu'il ne suffit pas. Si le pays veut bien faire les choses, il lui faudrait d'abord réunir les compétences pour définir une stratégie nationale et un plan d'application.

Le concours des opérateurs et de la population locale devra être retenu dès le départ. Le tout est d'obtenir que ceux-ci adoptent volontairement la stratégie. Autrement, le plan risque de rencontrer de la résistance. La prochaine étape serait d'instaurer un cadre régulatoire. Il faudrait que celui-ci soit fondé sur l'autorégulation. "L'écotourisme est un label et il faudra le mériter. Les autorités n'ont qu'à définir les critères et mettre en place une agence autonome pour gérer le label..." suggère-t-il.

Dès lors, l'industrie n'aura plus qu'à orienter sa stratégie de marketing. Cela fait un an et demi que la fondation en collaboration avec l'université de Maurice a proposé une ébauche. Mais cela a eu très peu d'écho parmi les décideurs. Le ministère du Tourisme prévoit de se pencher sur la question dans le sillage de son projet.

Le touriste continuera, faut-il le préciser, à venir à Maurice essentiellement pour ses plages ; il n'est pas question ici de bousculer cette hiérarchie. Simplement d'étoffer le produit. Et d'attirer ainsi un plus grand nombre de touristes.

Shyama SOONDUR

BUSINESS

Ambitieux, mais respectueux de la nature

Le plein air peut nourrir son homme. La preuve : de nombreux excursionnistes ont ouvert leur petite affaire avec l'essor de l'industrie du tourisme. Que le sport-aventure n'ait pas encore de cadre régulatoire peut laisser croire à l'invasion d'amateurs. Mais ce n'est pas le cas, du moins pour Krish Hardowar . Ces deux jeunes prestataires, tous deux formés à l'étranger, affichent un souci de professionnalisme, de respect de la nature et de sécurité fort appréciables.

Krish, 25 ans, lance Vertical World il y a trois ans. Il propose des randonnées pédestres, des escalades et des descentes en rappel (canyoning).

Aiguillonné par le National Youth Award, programme pour le développement personnel des jeunes, Krish obtient le brevet du technicien de cordée. Initié au secourisme de plein air, il devient l'un des rares wilderness first aid responders du pays. Aux Etats-Unis, il participe au National Outdoor Leadership Scheme et décroche le titre d'éducateur de plein air. Leurs diplômes en main, Krish et Patrick établissent leur propre code de pratique, aucune loi ne régissant les guides de plein air.

Ambitieux, nos compères sont prudents d'abord. Malgré la pression des tour-opérateurs qui veulent leur confier des groupes importants, ils fixent à huit le maximum de clients pris en charge à la fois. Ainsi, le service est en outre plus personnalisé. "Je préfère offrir des sorties qui, au départ, me font plaisir à moi, confie Krish. La qualité du service et le niveau d'appréciation du client en sont naturellement rehaussés."

Leur faiblesse, c'est le marketing. Non seulement la question n'est pas leur point fort mais ils n'ont guère les moyens de développer une stratégie. Les réceptifs le savent et ils négocient dur d'éventuelles collaborations. Ils sollicitent invariablement des exclusivités, ce qui ne plaît pas forcément aux prestataires. Même si avec le temps, ils sont contraints à mettre de l'eau dans leur vin. Pourrons-vous développer un vrai écotourisme? Patrick et Krish y croient, mais à une condition. Que l'on cesse de polluer. Ils exigent une meilleure tenue de la part des randonneurs, notamment: qu'ils cessent de sortir des sentiers, piquer des plantes et laisser leurs déchets derrière...