SAMEDI 12 JUILLET 2003

Intérieurs


Eco-tourisme: hors des sentiers battus

Depuis quelques années, l'éco-tourisme a pris son envol à Maurice. Aujourd'hui, une douzaine de domaines proposent aux touristes de se mettre au vert pendant que quelques passionnés tentent de perpétuer l'esprit nature, hors des sentiers battus

Il y a quelques mois, Krish Hardowar voulait tout laisser tomber. Ce jeune homme de 26 ans, secouriste, spécialiste de l'escalade effectue, depuis 1999 des randonnées avec les touristes en pleine nature. Une activité qui lui permettait d'assouvir sa passion : l'escalade. Mais avec la crise dans le monde des voyages et l'effritement du taux des arrivées touristiques à Maurice, depuis le début de l'année, la clientèle de M. Hardowar s'était considérablement réduite. « Après le premier trimestre, j'étais sur le point d'abandonner, puis en mai et juin ça a redémarré fort et les mois à venir s'annoncent bons ", se réjouit aujourd'hui Krish Hardowar.

Avec son camarade Patrick , ils sont aujourd'hui quelques-uns seulement à se passionner vraiment pour le métier de guide éco-touriste. « Pour moi, c'est une activité économique mais c'est une passion avant tout et s'il fallait choisir entre sacrifier ce métier ou la nature, je changerai de métier ", insiste avec force Patrick.

L'éco-tourisme à Maurice, c'est donc une poignée de passionnés, mais aussi quelques grosses agences et de plus en plus de domaines. Structures légères mais aussi gros investissements et petits emplois (guides, personnel d'entretien…). Tourisme, d'intérieur, vert, aventure, éco-tourisme ? On ne s'entend pas toujours sur l'appellation pour la bonne et simple raison que le concept a pris son envol à la fin des années 90 seulement.

Prestations variées

Au ministère du Tourisme et des Loisirs, on avoue qu'il est encore difficile d'évaluer le poids économique de ce secteur encore neuf. « L'idée est surtout d'élargir la gamme des produits touristiques de la destination mauricienne. Pour notre part, nous encourageons toutes les initiatives ", insiste-t-on à ce ministère.

Et depuis un an ou deux, ce sont surtout les domaines, généralement d'anciennes chasses, qui s'ouvrent rapidement aux touristes et offrent différentes prestations dont certaines, motorisées, ne correspondent pas forcément à l'éthique verte…

Outre les désormais célèbres Domaine du Chasseur et Domaine Les Pailles, d'autres propriétés figurent dans la liste (dont celle officielle de l'Office du Tourisme, pas très exhaustive). Domaine de La Grave, Domaine de L'Etoile, Saint-Félix, parc et écuries de Chamarel, Yémen, La Nicolière, Rivière-des-Anguilles bientôt Bel-Ombre…

Bref, ils sont une douzaine à proposer de la « sensation, de l'émotion, de l'aventure ", des « excursions privilégiées " dans le « cœur vert " de Maurice ou au milieu d'une « nature merveilleusement protégée ". Parmi les principales prestations proposées : tyroliennes et passerelles au milieu des arbres pour le Parc Aventure de Chamarel, balades à cheval, en 4X4, en VTT, et même en quad bikes dans le cas des Domaines de l'Etoile ou du Chasseur ; mais aussi excursions en radeau ou « uniquement à pied " comme le proposera très bientôt le Domaine de La Grave.

Dans les salons internationaux, le vert était plutôt absent de la palette des couleurs mauriciennes jusqu'à ces dernières années. Quelques gros groupes touristiques se sont donc mis aux couleurs du marché, mettant un peu de vert dans le bleu. Dans la foulée, les chasses se sont ouvertes à partir de 2000 et les premiers domaines ont commencé à fleurir. Mais les petits prestataires eux n'avaient pas attendu pour lancer quelques programmes d'excursions, dès les années 90, à une époque où aucun grand hôtelier ou aucun réceptif ne croyait à l'éco-tourisme.

Etapes essentielles

Pour MTTB-Mautourco, l'un des plus importants prestataires de services touristiques de la destination mauricienne, le tourisme vert est devenu un créneau. Selon une responsable de la société, MTTB-Mautourco propose surtout d'aller à la découverte de l'intérieur, aussi bien de la nature que des villages. Ainsi, le programme Espace Aventure propose des balades en 4X4 en dehors des axes fréquentés ou même carrément hors-piste, si l'on peut employer le terme. Un programme qui existait au départ de façon autonome mais qui a finalement été incorporé au catalogue de la société.

MTTB-Mautourco gère également le programme Sport et Nature du groupe hôtelier Beachcomber qui consiste en des excursions en kayaks ou du canyoning et des descentes en rappel à Eau-Bleue. La société emploie dix personnes, dont les guides et les « pilotes " de 4X4 mais travaille aussi avec des familles de régions rurales dont les maisons fonctionnent comme tables d'hôtes et qui sont des étapes essentielles sur les parcours d'excursions.

Les prestations se vendent entre Rs 2 015 et Rs 2 295. Au total, MTTB-Mautourco accueille en moyenne 2 000 touristes par an, depuis 2000. Et elle ne compte pas s'arrêter en si bon chemin puisqu'elle mise également beaucoup sur un nouveau produit, un vaste domaine éco-touristique dans la forêt de Bel-Ombre, corollaire au méga-projet intégré, prévu dans cette région.

De son côté, Krish Hardowar a fondé, en 1999, Vertical World. Sa petite société emploie une seule personne à temps plein et fait appel à des part-timers. Sa clientèle est européenne mais aussi sud-africaine et même arabe depuis un an. « Au début, les gens étaient sceptiques ", se rappelle Krish Hardowar.

Agenda 21

« C'était dur et ce n'est que cette année que ça commence à tourner ", surenchérit Patrick qui s'est lancé il y a trois ans. M. Hardowar fournit le matériel et réclame Rs 1 800 par personne pour les randonnées. M. Haberland, lui, a investi environ Rs 500 000 dans l'achat de vélos et de kayaks. Aujourd'hui, il effectue huit ou dix sorties par mois. « Ce type de tourisme ne peut que s'accroître dans la mesure où les touristes cherchent autre chose que les plages ", intervient la responsable de MTTB-Mautourco citée plus haut.

Mais Krish Hardowar et Patrick Haberland ont également un peu peur de cette croissance. « L'éco-tourisme implique la préservation de l'environnement, selon l'Agenda 21 des Nations Unies. Or ici on crée des espaces au lieu de préserver la nature. Attention à l'éco-terrorisme, donc ", nuance M. Hardowar. Krish Hardowar et Patrick Haberland ont un principe : ils ne se fixent nulle part, surtout par conviction car ils ne veulent pas « laisser de trace dans la nature ".

Comment vendent-ils leurs prestations ? Contrairement aux agences et aux domaines, ils n'ont pas les moyens d'établir une cellule de marketing. Ils fonctionnent à la demande, notamment avec les agences de réceptif. « Mais à vrai dire, c'est mieux ainsi ; comme ça on reste indépendants ", insiste Krish Hardowar. Le bouche à oreille fonctionne beaucoup mais ces « indépendants " figurent aussi dans certaines « bibles " des voyages que sont le Petit Futé ou Lonely Planet, ainsi que sur Internet.

S'il y a encore de la place pour un ou deux prestataires indépendants, reste que le professionnalisme doit primer. Pour les puristes du tourisme vert, il faut aujourd'hui composer avec les gros prestataires, les domaines et les amateurs. Pas beaucoup de place pour les professionnels, passionnés de nature. « Mais on survivra parce qu'on ne fait pas que ça, mais surtout parce qu'on a des idées et des compétences ", prophétise Krish Hardowar.

 

 

 



Une question de sécurité

Krish Hardowar a bénéficié d'une formation très pointue de guide de montagne aux Etats-Unis et a passé plusieurs autres brevets de secourisme obtenus aux Etats-Unis toujours mais aussi en Grande-Bretagne. Pour lui, la formation est indispensable et la connaissance du terrain primordiale pour faire de l'éco-tourisme. « Il faut savoir gérer les situations en plein air ", insiste-t-il.

A Maurice, dans les cas extrêmes, ce sont surtout les hommes du GIPM de la police assistés parfois d'hélicoptères qui effectuent les secours en pleine nature. Mais pour M. Hardowar, il y a souvent un manque de coordination entre les différents services et équipement limité. Lui-même anime des séances de formation pour les pompiers mauriciens et il sait donc de quoi il parle.

Mais pour Krish Hardowar il y a surtout une erreur à ne pas commettre : celle qui consiste à sécuriser les sites (falaises notamment) et à négliger, en contrepartie, la formation des guides.

 

 

 

 



Parc naturel dans le sud-ouest

Le ministère du Tourisme et des Loisirs veut transformer tout le sud-ouest de Maurice (un quart de la superficie de l'île), une région de forêts et de montagnes, en un vaste parc naturel balisé, tourné vers l'éco-tourisme. Ce projet a été baptisé Les Sept Cascades Leisure Development Project. Il comprendra le parc national des Gorges de Rivière-Noire qui sera relié par des sentiers à La Marie, Tamarind-Falls, Plaine-Champagne, Grand-Bassin, Chamarel et Baie-du-Cap. Le ministère du Tourisme et des Loisirs veut « améliorer les opportunités récréationnelles, encourager les initiatives liées à la nature et développer une plus-value au produit touristique ".