Intérieurs
Eco-tourisme: hors des sentiers battus
Depuis quelques années, l'éco-tourisme a pris son envol à
Maurice. Aujourd'hui, une douzaine de domaines proposent aux touristes de se
mettre au vert pendant que quelques passionnés tentent de perpétuer l'esprit
nature, hors des sentiers battus
Il y a quelques mois, Krish Hardowar voulait tout laisser
tomber. Ce jeune homme de 26 ans, secouriste, spécialiste de l'escalade
effectue, depuis 1999 des randonnées avec les touristes en pleine nature. Une
activité qui lui permettait d'assouvir sa passion : l'escalade. Mais avec la
crise dans le monde des voyages et l'effritement du taux des arrivées
touristiques à Maurice, depuis le début de l'année, la clientèle de M.
Hardowar s'était considérablement réduite. « Après le premier trimestre,
j'étais sur le point d'abandonner, puis en mai et juin ça a redémarré fort
et les mois à venir s'annoncent bons ", se réjouit aujourd'hui Krish
Hardowar.
Avec son camarade Patrick , ils sont aujourd'hui quelques-uns seulement à se passionner vraiment
pour le métier de guide éco-touriste. « Pour moi, c'est une activité économique
mais c'est une passion avant tout et s'il fallait choisir entre sacrifier ce métier
ou la nature, je changerai de métier ", insiste avec force Patrick. L'éco-tourisme à Maurice, c'est donc une poignée de
passionnés, mais aussi quelques grosses agences et de plus en plus de domaines.
Structures légères mais aussi gros investissements et petits emplois (guides,
personnel d'entretien…). Tourisme, d'intérieur, vert, aventure, éco-tourisme
? On ne s'entend pas toujours sur l'appellation pour la bonne et simple raison
que le concept a pris son envol à la fin des années 90 seulement.
Prestations variées
Au ministère du Tourisme et des Loisirs, on avoue qu'il est
encore difficile d'évaluer le poids économique de ce secteur encore neuf. «
L'idée est surtout d'élargir la gamme des produits touristiques de la
destination mauricienne. Pour notre part, nous encourageons toutes les
initiatives ", insiste-t-on à ce ministère.
Et depuis un an ou deux, ce sont surtout les domaines, généralement
d'anciennes chasses, qui s'ouvrent rapidement aux touristes et offrent différentes
prestations dont certaines, motorisées, ne correspondent pas forcément à l'éthique
verte…
Outre les désormais célèbres Domaine du Chasseur et
Domaine Les Pailles, d'autres propriétés figurent dans la liste (dont celle
officielle de l'Office du Tourisme, pas très exhaustive). Domaine de La Grave,
Domaine de L'Etoile, Saint-Félix, parc et écuries de Chamarel, Yémen, La
Nicolière, Rivière-des-Anguilles bientôt Bel-Ombre…
Bref, ils sont une douzaine à proposer de la «
sensation, de l'émotion, de l'aventure ", des « excursions privilégiées
" dans le « cœur vert " de Maurice ou au milieu d'une «
nature merveilleusement protégée ". Parmi les principales prestations
proposées : tyroliennes et passerelles au milieu des arbres pour le Parc
Aventure de Chamarel, balades à cheval, en 4X4, en VTT, et même en quad
bikes dans le cas des Domaines de l'Etoile ou du Chasseur ; mais aussi
excursions en radeau ou « uniquement à pied " comme le proposera
très bientôt le Domaine de La Grave.
Dans les salons internationaux, le vert était plutôt absent
de la palette des couleurs mauriciennes jusqu'à ces dernières années.
Quelques gros groupes touristiques se sont donc mis aux couleurs du marché,
mettant un peu de vert dans le bleu. Dans la foulée, les chasses se sont
ouvertes à partir de 2000 et les premiers domaines ont commencé à fleurir.
Mais les petits prestataires eux n'avaient pas attendu pour lancer quelques
programmes d'excursions, dès les années 90, à une époque où aucun grand hôtelier
ou aucun réceptif ne croyait à l'éco-tourisme.
Etapes essentielles
Pour MTTB-Mautourco, l'un des plus importants prestataires de
services touristiques de la destination mauricienne, le tourisme vert est devenu
un créneau. Selon une responsable de la société, MTTB-Mautourco propose
surtout d'aller à la découverte de l'intérieur, aussi bien de la nature que
des villages. Ainsi, le programme Espace Aventure propose des balades en
4X4 en dehors des axes fréquentés ou même carrément hors-piste, si l'on peut
employer le terme. Un programme qui existait au départ de façon autonome mais
qui a finalement été incorporé au catalogue de la société.
MTTB-Mautourco gère également le programme Sport et
Nature du groupe hôtelier Beachcomber qui consiste en des excursions en
kayaks ou du canyoning et des descentes en rappel à Eau-Bleue. La société
emploie dix personnes, dont les guides et les « pilotes " de 4X4
mais travaille aussi avec des familles de régions rurales dont les maisons
fonctionnent comme tables d'hôtes et qui sont des étapes essentielles sur les
parcours d'excursions.
Les prestations se vendent entre Rs 2 015 et Rs 2 295. Au
total, MTTB-Mautourco accueille en moyenne 2 000 touristes par an, depuis 2000.
Et elle ne compte pas s'arrêter en si bon chemin puisqu'elle mise également
beaucoup sur un nouveau produit, un vaste domaine éco-touristique dans la forêt
de Bel-Ombre, corollaire au méga-projet intégré, prévu dans cette région.
De son côté, Krish Hardowar a fondé, en 1999, Vertical
World. Sa petite société emploie une seule personne à temps plein et fait
appel à des part-timers. Sa clientèle est européenne mais aussi
sud-africaine et même arabe depuis un an. « Au début, les gens étaient
sceptiques ", se rappelle Krish Hardowar.
Agenda 21
« C'était dur et ce n'est que cette année que ça
commence à tourner ", surenchérit Patrick qui s'est lancé
il y a trois ans. M. Hardowar fournit le matériel et réclame Rs 1 800 par
personne pour les randonnées. M. Haberland, lui, a investi environ Rs 500 000
dans l'achat de vélos et de kayaks. Aujourd'hui, il effectue huit ou dix
sorties par mois. « Ce type de tourisme ne peut que s'accroître dans la
mesure où les touristes cherchent autre chose que les plages ", intervient
la responsable de MTTB-Mautourco citée plus haut.
Mais Krish Hardowar et Patrick Haberland ont également un
peu peur de cette croissance. « L'éco-tourisme implique la préservation de
l'environnement, selon l'Agenda 21 des Nations Unies. Or ici on crée des
espaces au lieu de préserver la nature. Attention à l'éco-terrorisme, donc
", nuance M. Hardowar. Krish Hardowar et Patrick Haberland ont un
principe : ils ne se fixent nulle part, surtout par conviction car ils ne
veulent pas « laisser de trace dans la nature ".
Comment vendent-ils leurs prestations ? Contrairement aux
agences et aux domaines, ils n'ont pas les moyens d'établir une cellule de
marketing. Ils fonctionnent à la demande, notamment avec les agences de réceptif.
« Mais à vrai dire, c'est mieux ainsi ; comme ça on reste indépendants
", insiste Krish Hardowar. Le bouche à oreille fonctionne
beaucoup mais ces « indépendants " figurent aussi dans certaines
« bibles " des voyages que sont le Petit Futé ou Lonely Planet, ainsi que
sur Internet.
S'il y a encore de la place pour un ou deux prestataires indépendants,
reste que le professionnalisme doit primer. Pour les puristes du tourisme vert,
il faut aujourd'hui composer avec les gros prestataires, les domaines et les
amateurs. Pas beaucoup de place pour les professionnels, passionnés de nature. «
Mais on survivra parce qu'on ne fait pas que ça, mais surtout parce qu'on a des
idées et des compétences ", prophétise Krish Hardowar.
Une question de sécurité
Krish Hardowar a bénéficié d'une formation très pointue
de guide de montagne aux Etats-Unis et a passé plusieurs autres brevets de
secourisme obtenus aux Etats-Unis toujours mais aussi en Grande-Bretagne. Pour
lui, la formation est indispensable et la connaissance du terrain primordiale
pour faire de l'éco-tourisme. « Il faut savoir gérer les situations en
plein air ", insiste-t-il.
A Maurice, dans les cas extrêmes, ce sont surtout les hommes
du GIPM de la police assistés parfois d'hélicoptères qui effectuent les
secours en pleine nature. Mais pour M. Hardowar, il y a souvent un manque de
coordination entre les différents services et équipement limité. Lui-même
anime des séances de formation pour les pompiers mauriciens et il sait donc de
quoi il parle.
Mais pour Krish Hardowar il y a surtout une erreur à ne pas
commettre : celle qui consiste à sécuriser les sites (falaises notamment) et
à négliger, en contrepartie, la formation des guides.
Parc naturel dans le sud-ouest
Le ministère du Tourisme et des Loisirs veut transformer
tout le sud-ouest de Maurice (un quart de la superficie de l'île), une région
de forêts et de montagnes, en un vaste parc naturel balisé, tourné vers l'éco-tourisme.
Ce projet a été baptisé Les Sept Cascades Leisure Development Project.
Il comprendra le parc national des Gorges de Rivière-Noire qui sera relié par
des sentiers à La Marie, Tamarind-Falls, Plaine-Champagne, Grand-Bassin,
Chamarel et Baie-du-Cap. Le ministère du Tourisme et des Loisirs veut « améliorer
les opportunités récréationnelles, encourager les initiatives liées à la
nature et développer une plus-value au produit touristique ".