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A Sept-Cascades, ce matin
Quatre randonneurs secourus après 14 heures de recherches
Un des plus jeunes randonneurs (11 ans, portant un casque blanc) évacué par des membres de la SMF et du GIPM. Il portait un giletaux couleurs de la SMF pour se protéger du froid.
Plus de peur que de mal pour sept randonneurs qui se sont retrouvés en difficultés à Sept-Cascades hier, après avoir subi une attaque d'abeilles, communément appelées mouches zakos. Dans la panique qui s'est ensuivie, seule une femme de 42 ans a pu regagner le village de Henrietta hier pour appeler du secours. Tard dans la soirée, une adolescente de 11 ans et une jeune femme de 26 ans, sérieusement piquées par les abeilles, ont été retrouvées et évacuées avant d'être transportées à l'hôpital. Les recherches pour les quatre autres ont duré plus de 14 heures, mobilisant différentes unités de la police, de la SMF et des volontaires. Les malheureux randonneurs ont finalement été retrouvés et évacué sains et sauf ce matin aux alentours de 7 h 30.
C'est non sans peine que le premier des quatre randonneurs qui ont passé la nuit à Sept-Cascades en est sorti vers 7 h 30 ce matin. Aidée et étroitement encadrée par des membres du Groupement d'intervention de la police mauricienne (GIPM), de la SMF et des volontaires présents, la jeune femme a été ramenée au sommet de l'abrupte pente grâce aux cordes et aux poulies installées pour l'évacuation. Visiblement en état de choc, cette dernière s'est aussitôt jetée dans les bras de ses proches, pleurant d'émotion et parvenant à peine à parler dans un premier temps. " To inn faire nou gagne bien per ! Nous t'avons attendue pendant tout ce temps. Nous étions très inquiets ", lui lança une femme, qui consolait la rescapée en la serrant dans ses bras. " Heureusement, tu es rentrée, tout va bien maintenant ", a-t-elle ajouté.
Avalant un peu de thé, la jeune femme explique que malgré les difficultés rencontrées et la peur qui les a tenaillés tout au long, tous sont sains et saufs. Cette information tant espérée met fin aux inquiétudes des proches qui attendaient les leurs aux côtés des membres des forces de l'ordre et des secours présents. Pendant que sur la route le sourire revient et quelques blagues sont échangées, l'équipe affairée au sauvetage des randonneurs continue sa délicate tâche. Des soldats et membres du GIPM ont été postés à différents points du sentier balisé pour aider ceux qui remontent. Exténués, ces derniers, à tour de rôle, progressent péniblement le long du sentier boueux sur lequel dévalent, de temps à autre, des pierres détachées. Avec maintes précautions, les trois autres randonneurs sont ainsi remontés. Les vêtements recouverts de boue, les traits tirés, ils racontent par bribes cette soirée passée dans l'obscurité totale au milieu des arbres sur une pente abrupte, constamment assaillis par le froid et les moustiques. Pour preuve, en sus de quelques égratignures, l'un d'eux porte sur le corps des dizaines de petits boutons laissés par les piqûres des insectes.
Après s'être rapidement ravitaillés, les rescapés, accompagnés de leurs proches, prennent place dans des véhicules qui les attendaient depuis la veille. Direction : le poste de police de Vacoas et ensuite, un éventuel examen médical. Très rapidement, le matériel utilisé par les secouristes est remballé, restituant aux lieux sa quiétude habituelle.
Cette aventure, qui prend fin sur une note heureuse, a tenu en alerte une cinquantaine d'hommes, durant la soirée du mercredi 23 jusqu'au matin du jeudi 24 avril. Finalement, c'est au bout de plus de 14 heures de recherches que les traces des quatre disparus ont été retrouvées. À l'origine, il s'agissait d'une simple sortie familiale. Mais celle-ci aurait pu avoir tourné au drame. Flash-back.
Les "mouches zako" attaquent
C'est aux alentours de 10 h, mercredi, que Feroza Nawrung, 41 ans, Ishad Pollan, 24 ans, Nev Sakulloo, 14 ans, Naushad Sakulloo, 11 ans, Christine Sophie, 15 ans, Maryam Nawrung, 26 ans, et Madilla Nawrung, 11 ans, ont entrepris la descente des Sept-Cascades, débutant le parcours non loin du réservoir de Tamarind Falls. À la mi-journée, la randonnée s'étant jusqu'alors passée sans incident, la bande s'arrête à une des plates-formes surplombant l'une des cascades pour déjeuner et se reposer. Reprenant un peu plus tard la marche, les randonneurs pensaient compléter le parcours en ressortant par la route menant à la station du CEB qui se trouve dans cette région. Aux alentours de 14 h 30 cependant, les randonneurs furent attaqués par des abeilles particulièrement agressives, communément appelées mouches zako.
Madilla Nawrung et Maryam Nawrung furent les plus affectées. Prises de panique, elles se séparèrent du groupe. De son côté, constatant la gravité de la situation, Feroza Nawrung prit l'initiative d'aller chercher du secours en demandant aux autres de rester sur place. Toutefois, s'étant éloignée du sentier, elle dut traverser la forêt pour rejoindre le village. Ce parcours lui coûta approximativement deux heures et demie.
Arrivée finalement au bout de son périlleux trajet, Feroza Nawrung alerta Govind Tannoo, habitant de Henrietta, qui travaille aussi comme guide aux Sept-Cascades. Habitué à ce genre de situation, il fit, à son tour, appel à la police et aux secouristes de Vertical World Ltd. En attendant l'arrivée des ces derniers, M. Tannoo, accompagné de quelques policiers, entamma une première partie des recherches, qui s'avérèrent, cependant, vaines.
Ce n'est que plus tard dans la soirée que Krish Hurdowar et son équipe de Vertical World Ltd purent retrouver Madilla Nawrung et Maryam Nawrung. Ces dernières se trouvaient entre la troisième et quatrième cascade (à partir du bas) à une centaine de mètres de la rivière au milieu des arbres. " Elles étaient alors en état de choc. En sus des piqûres d'abeilles, elles souffraient d'hypoglycémie (manque de sucre) et d'un début d'hypothermie (malaise dû au froid) ", explique Krish Hurdowar, qui possède également une formation de paramédic. Aussitôt, les premiers soins leur furent accordés et les dards d'abeilles enlevés. " L'adolescente était la plus affectée. Elle portait plus d'une centaine de dards au visage, au cou, dans la tête et sur d'autres parties du corps ", dit-il.
Vives inquiétudes
Aussitôt après, l'alerte fut donnée et une ambulance devait être dépêchée sur les lieux pour secourir les rescapées. Mais à ce moment, une légère confusion devait s'installer. La communication par radio et téléphones portables rendue mauvaise en ces lieux, les membres des forces de l'ordre de même que les proches des disparus crurent comprendre que les six randonneurs avaient été retrouvés. Les recherches allaient à ce moment être stoppées avant que les équipes ne soient une nouvelle fois de plus déployées. Entre-temps, les deux rescapées avaient été conduites à l'hôpital de Candos où une dizaine de leurs proches étaient réunis. Les inquiétudes restaient alors toujours vives. Toutefois, arrivées à l'hôpital vers minuit, les deux purent regagner leur domicile deux heures plus tard.
Au niveau des Sept-Cascades, des unités de la SMF, de la SSU, du GIPM et de la police régulière avaient été déployées sur l'ensemble du terrain. Une unité composée d'hommes de la SMF et du GIPM fut une fois de plus envoyée dans la vallée peu après minuit. Les hommes passèrent quelques heures à faire les recherches, utilisant des sifflets pour signaler leur présence, tout en criant dans toutes les directions dans l'espoir d'obtenir une réponse des disparus. Le terrain dangereux et l'obscurité profonde rendant les recherches difficiles, les hommes entreprirent de s'accorder une pause aux alentours de 3 h avant d'être rejoints par les volontaires qui s'étaient eux séparés en deux équipes de deux hommes. Cependant, n'obtenant aucune réponse des disparus, les différentes équipes décidèrent d'attendre les premiers rayons du soleil pour se remettre en route. Plusieurs des hommes durent ainsi se reposer sur les rochers dans le lit de la rivière.
Finalement, c'est aux alentours de 7 h ce matin que les voix des disparus se firent entendre. Ces derniers se trouvaient alors sur la pente menant vers le sommet à quelques centaines de mètres du crématoire d'Henrietta. Pendant qu'une première équipe entreprit de remonter l'abrupte pente pour aller à leur rencontre, celle de Vertical World Ltd déballait son matériel de descente en rappel pour permettre l'évacuation des randonneurs.
Les redoutables "mouches zako"Les attaques des mouches zako à Sept-Cascades, de même que sur d'autres parcours utilisés par les randonneurs, sont chose courante. Quelques années de cela, à Henrietta, une sortie avait tourné au drame suite à la chute mortelle d'une fillette qui s'y était rendue en compagnie d'un groupe de promeneurs. Au niveau d'une des cascades, ces derniers avaient été attaqués par ces farouches abeilles et dans la panique, la jeune fille avait couru aveuglément vers le vide. Auprès des randonneurs avisés, il s'agît sans doute de l'une des espèces d'insectes les plus redoutées. Car, contrairement aux autres abeilles et aux guêpes, les mouches zako se montrent particulièrement agressives et dangereuses vis-à-vis des promeneurs. Elles ont la particularité d'attaquer en groupe et de ne pas lâcher leurs proies. Selon les dires, cette agressivité résulte des fréquentes visites rendues par les singes, en quête de miel, aux essaims. Ce qui expliquerait la vigilance exagérée des insectes…
Les mille dangers des Sept-CascadesEn week-end ou en jour de semaine, surtout en période de vacances scolaires, le parcours des Sept-Cascades accueille un grand nombre de promeneurs cherchant l'évasion. Les lieux sont particulièrement appréciés pour ses vues panoramiques, sa flore, son parcours le long de la rivière Tamarin et les sept cascades et également en raison de son accès relativement aisé. En effet, les Sept-Cascades se trouvent à moins d'une centaine de mètres de la gare d'autobus d'Henrietta. Le site est aussi grandement utilisé par les amateurs de descente en rappel et de canoë. Cependant, la mésaventure vécue par les sept randonneurs d'hier est loin d'être insolite. Perdre sa route est quelque chose qui arrive souvent le long du parcours, nécessitant régulièrement l'intervention des secours, et ce malgré les signes peints sur les rochers pour indiquer les sorties. Le problème vient du fait qu'il existe plusieurs faux sentiers conduisant à des falaises ou à des pentes abruptes tandis que les sentiers balisés jusqu'au sommet sont souvent dissimulés par des arbres. Toutefois, les autorités travaillent en ce moment sur un projet visant à la formation de guides habitant la région. Si quelques-uns de ces derniers proposent déjà leurs services aux visiteurs, certains marcheurs préfèrent se lancer à l'aventure seuls, pensant pouvoir braver le terrain sournois des Sept-Cascades. Plusieurs des randonneurs sont également sous-équipés pour pouvoir affronter le moindre incident ou contre-temps. D'autre part, le ministère du Tourisme travaille en ce moment sur un projet visant à aménager ce site. Des techniciens du ministère y ont d'ailleurs visité les lieux aujourd'hui.